Après l'Espagne, troisième pays européen à autoriser le mariage homosexuel derrière les Pays-Bas et la Belgique, le Royaume Uni a vu son équivalent, le « partenariat civil », entrer en vigueur le 5 décembre. Ce contrat, qui s'aligne approximativement sur le mariage en matière de droits de succession et d'adoption conjointe, existe déjà au Danemark et en Suède. La Finlande, Norvège et Islande ne vont pas tarder à rejoindre ce peloton de tête. En France hélas, au-delà de l'aspect fortement symbolique du mariage et de ses conséquences fiscales et patrimoniales, l'homoparentalité constitue un vrai blocage pour nos élus. Pays phare de l'ingérence de l'Etat dans nos vies privées, quoi de plus étonnant que nos conservateurs de tous bords en appellent à Dame nature pour régir nos aspirations les plus intimes ? Pourtant, qui peut aujourd'hui prétendre établir ce qui est naturel ou non ? Sommes-nous encore formatés dans notre vision du couple au point de ne l'appréhender que dans une perspective exclusivement procréatrice ? En tout cas, le coup marketing du PACS, au-delà de la modernisation de l'image du PS, n'a rien résolu.
Le premier motif de cette frilosité, c'est que l'homosexualité reste perçue comme une anormalité par notre élite dirigeante. Le « coming out » des personnalités politiques, médiatiques ou artistiques se fait encore rare tant cette révélation s'avère délicate en France. Certes, il est vrai qu'un microcosme voyant ne facilite pas la tâche de la grande majorité des homos. Sans le ton provocateur et outrancier de la Gay Pride et autres fêtes branchées, la cause homosexuelle n'aurait peut-être jamais été ouvertement abordée dans les media. Mais au stade actuel, cette image est sans doute en train de ghettoïser la cause homosexuelle en la cantonnant à une marginalité exubérante et peu rassurante. Sans approfondir ces graves questions, une chose est sûre : les politiques se sont emparés de cette cause dans l'espoir de s'approprier la communauté sur le plan électoral par des mesures démagogiques vides, voire nocives. L'exemple de la loi sur l'homophobie est parlant. Cette atteinte à la liberté d'expression, vite retirée par bon sens, n'aurait rien résolu sinon renforcé le cliché populaire d'un communautarisme homo fermé, et encouragé insidieusement son rejet par cette stigmatisation discriminatoire. Au contraire, nous sommes dans la phase délicate de banalisation de l'homosexualité...et, surtout, du couple homo.
L'arnaque du PACS a été un beau coup politique à peu de frais : adoption conjointe impossible et droits fort limités. Après une longue vie de couple, le décès de l'un des deux PACsé(e)s est toujours autant une catastrophe financière. L'impôt sur la mort (droits de succession) atteint très vite le taux exorbitant de 50 % ! Cette double peineoblige souvent le survivant àrevendre l'appartement commun pour payerle fisc. Nous sommesloin de l'alignement de ce taux sur celui du conjoint survivant dans le mariage.Cette opération clientéliste du PACS, symboliquement forte mais peu consistante, n'est pas revenue sur la vision anti-naturelle, voire anormale, du couple homo, qui justifie qu'on lui retire les droits bien plus fondamentaux attribués arbitrairement aux seuls couples hétéros.
Ce mépris pour les homosexuels qui construisent une vie à deux et ressentent pour certains d'entre eux, au même titre que les couples hétéros, le désir d'avoir des enfants, traduit avant tout un refus de reconnaissance des préférences de ces individus majeurs et responsables de leur destin ! Alors que nos élus jugent les homos purement égoïstes dans leur désir d'enfants, les études confirment qu'unréel désir de fonerune famille existe. L'interdiction de l'insémination artificielle et l'impossibilité d'adopter, lorsqu'on ne dissimule passon homosexualité et malgré la tolérance administrative, constituent une profonde frustration dans la vie de nombreux couples. Certes, de nouvelles formes de coparentalité, associant un couple homo à un géniteur volontaire de l'autre sexe, permettent de contourner les rigidités de la loi. Mais la formule n'est pas simple, même si elle est bien vécue par l'enfant.
La question ultime du débat, soulevée par les opposants au mariage homo, c'est bien l'homoparenté. Or, on estime déjà le nombre d'enfants ayant au moins un parent homosexuel entre 200.000 et 400.000 en France. De très nombreux homos sont parents d'une union hétéro préalable. L'adoption, la coparentalité et la procréation artificielle, réalisée à l'étranger dans les pays qui l'autorisent, ont aussi permis à près de 100.000 couples homos d'avoir des enfants...Avec la contrainte de n'avoir qu'un seul parent légitime.
Dans l'ensemble, ces enfants sont aussi heureux et promis au même avenir (et aux mêmes difficultés) que les autres. De nombreux rapports de pédopsychiatres sur les enfants de couples homos, réalisés partout dans le monde (aux USA qui en comptent plusieurs millions, en Australie ou aux Pays-Bas), ne constatent aucune pathologie particulièrechez eux.Pourtant, la classe politique nationale reste sceptique et préfère maintenir le statu quo selon notre fameux principe national de précaution, « au cas où ». Cette vision étriquée de la famille, véritable image d'Epinal, n'a plus que peu de rapport avec la réalité. Niant l'existence des couples homosexuels sous un angle patrimonial, niant leur désir profond de construction familiale, le système les contraint à vivre cachés ou à tricher pour ne pas être spoliés de leurs droits fondamentaux d'être des parents.
La France en est-elle réduite à subir ce blocage rétrograde et à se retrouver, comme dans de nombreux domaines, de plus en plus isolée au milieu d'une Europe considérablement plus libérale ? Aujourd'hui, les libéraux ne prônent pas l'attribution de nouveaux droits aux couples homosexuels, mais simplement la suppression du mur qui leur interdit le bénéfice de droits existants. La différence est notable. Le droit de former un couple officiellement reconnu, d'être protégé sur le plan successoral, et d'avoir des enfants, ne doit plus être arbitrairement réservé aux seuls couples hétérosexuels. Que ce soit sous la forme d'un « contrat de partenariat civil » ou du mariage, il nous faut abattre ce mur de la ségrégation sexuelle, ce mur de souffrance intime du couple. La reconnaissance de cette liberté nous apparaît essentielle, vitale et urgente pour tous ceux qui aspirent à vivre « comme tout le monde » parce qu'ils sont justement « comme tout le monde ».
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